01.03.2008

EDITO WEEK END : AU ROYAUME D'HILLARY

LIVE FROM OHIO... EN SUIVANT HILLARY 

Il était une fois, un instant de campagne. Vendredi, 14 heures. Hillary visite une école pauvre de l’Ohio. Dans ces dernières heures, la candidate sillonne l’Amérique en souffrance. C’est, dit-elle, "une campagne-réalité"  loin des grands stades d’Obama où désormais, des acteurs viennent chanter "Yes we can", tube politique de l’année.

 

Hillary refuse la politique des paillettes. Alors, ici dans le Lawrence County, l’une des régions les plus pauvres de l’Etat, elle a fait venir des mères divorcées. Pendant deux heures, elle se veut à leur écoute. Sa campagne surnomme cela : "Hillary et ses solutions pour l’Amérique".

 

Dans une mise en scène parodiant une bonne émission de télé–réalité, la candidate confesse publiquement "deux mères en grande difficulté", Bridget et Janee.

Bridget élève un enfant seule et est ruinée. Janee a quatre enfants dont un handicapé. Elle ne peut plus payer les soins médicaux dans ce pays où la sécurité sociale n'existe pas. Hillary "passionnée, bouleversée par ces drames et ces dames" se veut amie et psy. Brillante, intelligente, sensible, émue, elle les console avant de leur expliquer avec brio, sa réforme de santé. Et pourquoi bien sûr "elle est meilleure que tout le monde".

 

Dans la salle, nous, sales vautours de la presse sommes impressionnés. Hillary défend avec force, vigueur et passion son programme de santé. Elle apparait avocate infatigable de ces "working moms, ces femmes qui travaillent et qui souffrent tant".  L’Amérique Clinton renaît !

 

Mais subitement, une femme se lève. Elle a du mal à parler. En pleurs, elle apostrophe le sénateur Clinton : "SVP Hillary, aidez-moi, je suis endettée, ruinée, mon mari est malade,  je ne peux plus rien payer… que dois-je faire ?". On entendrait une mouche voler… Hélas ! Seul l’écho des larmes résonne. Cette femme au chômage désespérée affiche son malheur et appelle à l’aide Hillary. Les caméras sont braquées. C’est alors le moment… Une petite seconde d'hésitation et un léger recul d'Hillary. D’une voix dure et cassante, elle regarde de côté cette femme puis déclare : "Je vois effectivement  que ca va très mal pour vous...".  Puis elle enchaîne pour répéter comme une machine toutes ses propositions économiques. Huit minutes de discours face aux pleurs.

 

Inconsciemment, l’image de Barack surgit. Qu’aurait-il dit ? Qu’aurait-il fait ? Selon nous, Barack serait descendu de son estrade pour simplement serrer le désespoir sur son cœur. L’image aurait été partout et la presse de plus en plus amoureuse aurait bien mis en Une un candidat si proche de tout. Mais Barack n'était pas là et il n’y a donc rien à raconter sinon des faits.

Hillary est apparue telle qu’elle est devenue après des années de vie dans une bulle. Une machine politique formidable, incapable du moindre sentiment en public. Une dame de fer implacable, rodée à tous les sales coups sauf à ceux de l'humanité. 

Un peu plus tard, en coulisses, sous mes yeux, elle a demandé d’une voix agressive, "un verre d'eau". Deux esclaves de campagne sont arrivés. En deux secondes, ils lui ont aussi installé un petit tabouret pour qu’elle puisse bien poser ce verre au cas où… La reine était servie.

 

On avait envie simplement envie de hurler à Hillary d'arrêter tout. Le tabouret, le staff à ses pieds qui la conseille de ne rien risquer, cette équipe qui lui dit de répéter comme une machine ses idées et de ne jamais improviser. Tous ces gens de communication trop payés qui l’appellent déjà "MTP, Madam The President".

On avait vraiment envie de leur dire à tous d’aller passer quelques minutes chez cette femme qui pleurait.  

Bien loin d'un royaume si insensible au peuple.